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Le Prophète ﷺ et son soucis de l’environnement

Loin d’être un sujet qui était inexistant, comme on pourrait le penser, l’environnement et sa protection fut au cœur de la politique de notre Prophète ﷺ. Découvrez ici comment.

Dieu dit : « Nulle bête marchant sur terre, nul oiseau volant de ses ailes, qui ne forme comme vous une communauté. Nous n’avons rien omis d’écrire dans le Livre. Puis, c’est vers leur Seigneur qu’ils seront ramenés. » (6 : 38)

Le Prophète de la miséricorde ﷺ était une concrétisation de la parole divine. Soucieux et attentionné envers la création de Dieu, le Prophète ﷺ établit dans l’État qu’il a fondé à Médine des règles environnementales.

Il créa ainsi « Haram al-Madina », le sanctuaire de la ville de Médine : il déclara sacrée toute la ville de Médine et ses faubourgs et y interdit ainsi de chasser les animaux sauvages dans la ville et dans un rayon de 6 km autour de celle-ci. Par ailleurs, il interdit également de couper des arbres sur un rayon de plus de 20 km, interdiction qui ne pouvait être levée qu’en cas de besoin urgent.

Alors que nous avons attendu qu’il soit en péril pour simplement commencer à nous y intéresser, l’environnement était en lui-même primordial pour le Prophète ﷺ. La nature constituait pour lui et les compagnons une source éminente de méditation et de réflexion sur la Création, et ainsi un pilier essentiel de leur relation avec Dieu. 

Tous nos gestes, notre consommation, nos déchets ont un impact sur cet environnement et la nature dont nous faisons également partie. C’est pourquoi nous devons prêter attention à chacun d’entre eux. À nous d’y penser et de prioriser cette attention dans notre quotidien pour contribuer à rendre le monde meilleur, sur les pas de notre Prophète ﷺ.

Sur cette question de l’environnement à Médine, les chercheurs du Centre de Recherche de Médine, notre partenaire, ont effectué un travail très important ces dernières années. Nous avons voulu vous y donner accès en consacrant à l’environnement le dossier de Miséricorde 3, publié en avril 2019. En exclusivité, vous trouverez ci-dessous la conclusion de l’article sur le développement socio-environnemental de Médine.  (Pour plus d’informations : institut-sira.fr/boutique)

« Durant les années qui ont suivi l’Hégire, le Prophète صلى الله عليه وسلم s’est attaqué à de nombreux problèmes essentiels impactant à la fois la vie des Médinois autochtones, et celle des réfugiés, comme l’accès à l’eau, la propreté de la ville, l’autosuffisance alimentaire, la diminution des violences et le maintien de la paix… Le projet environnemental du Prophète صلى الله عليه وسلم visait tout le pays médinois et a profité à l’ensemble des populations toutes confessions confondues. Il avait une vision globale de réforme portée par des projets ambitieux. S’il est parvenu à les mener à bien, c’est parce qu’il avait une compréhension et une connaissance profondes de la réalité de la société dans laquelle il vivait et de son environnement (fiqh al-wâqi‘). Cette compréhension est à corréler avec la force de ses liens avec ses contemporains d’une part, mais aussi avec la Création Divine, d’autre part; des liens qu’il construisait et entretenait à la lumière du message divin et de ses valeurs. 

Chacun de ces problèmes ainsi abordés représentait un blocage potentiel au premier projet du Prophète صلى الله عليه وسلم : établir une paix durable à Médine et ses alentours, afin de permettre aux musulmans de pratiquer librement et dans un cadre détendu leur foi. Parmi les règles essentielles que dicte l’islam, se trouve la suivante : «Tout préjudice est illégal : qu’il soit involontaire ou volontaire.» Cette règle est intimement liée à la vision du monde que promeut le message de l’islam, elle s’applique par conséquent bien sûr aux relations entre les personnes, mais elle s’applique également à la relation entre l’être humain et son environnement. Le Prophète صلى الله عليه وسلم a enseigné aux musulmans qu’il n’était pas acceptable de porter préjudice à quoi que ce soit. Il a mis en place un projet environnemental de long terme dans la ville et même le pays médinois, et il en a résulté une profonde transformation de cet environnement : en devenant une ville bien plus verte, les maladies ont reculé, et même les animaux sauvages ont réinvesti le milieu urbain. En effet, Abû Hurayra disait qu’il ne serait pas allé inquiéter une antilope sauvage quand il en voyait une dans la ville. 

Pourtant, celle-ci a connu une croissance très forte sur plusieurs plans : à la fois économique, avec une société qui a atteint l’autosuffisance alimentaire, mais aussi démographique, avec une population qui a doublé durant les dix années qui ont suivi l’Hégire. Bien au contraire, la protection de l’environnement, alliée à ces projets de développement environnemental, a permis la construction d’une société véritablement unie et en paix, dotée d’une véritable culture et de valeurs communes. Rappelons l’invocation que le Prophète صلى الله عليه وسلم avait prononcée à son arrivée à Médine : «Fais-nous aimer la ville de Médine, et réforme-la.» Cette invocation est surpuissante, et diffère grandement des invocations qu’on fait aujourd’hui. Quand il demande à ce que ses compagnons aiment Médine plus que La Mecque, son invocation est exaucée jusqu’à la fin des temps : encore aujourd’hui, beaucoup de musulmans préfèrent Médine à La Mecque. Ces invocations sont cohérentes avec les projets qu’il a fondés et menés, des projets de grande envergure et s’inscrivant dans une vision sur le très long terme. Encore aujourd’hui, bien que la ville de Médine ait énormément grandi comparativement à la ville du Messager de Dieu صلى الله عليه وسلم telle qu’elle était de son vivant, elle est encore loin de recouvrir l’intégralité de l’espace que le Prophète صلى الله عليه وسلم a protégé avec la règle de hima al-shajar. 

S’il est parvenu à mettre en place ces projets, malgré une probabilité de succès qui semblait très faible dans un contexte très hostile, c’est grâce à l’immense confiance en Dieu qui fait partie intégrante de sa foi, et à la dimension eschatologique de cet investissement dont le premier but est non pas son succès, mais sa rétribution par Dieu dans la vie future. C’est tout l’esprit du hadith rapporté par Mus‘ab b. ‘Umayr, où le Prophète صلى الله عليه وسلم nous enjoint de la sorte : «Si le Jour du Jugement arrivait, alors que l’un d’entre vous tient dans sa main une graine, qu’il la plante.» C’est avec cette conviction et cette volonté de plaire à Dieu que le Prophète صلى الله عليه وسلم a établi un projet global à Médine, afin de développer la ville sur tous les plans, tout en se focalisant sur la construction d’une société qui respecte et prend soin de l’être humain et de l’environnement. Par opposition, rappelons ici de quelle manière Dieu décrit les hypocrites dans le Coran : « Il est des gens qui te charment par les propos qu’ils tiennent sur la vie de ce bas monde, allant jusqu’à prendre Dieu à témoin de la pureté de leurs sentiments, alors qu’ils sont, au fond, les plus irréductibles des chicaneurs, car, dès qu’ils te tournent le dos, ils s’empressent de semer le désordre sur la Terre, saccageant récoltes et bétail. Dieu n’aime pas les semeurs de désordre. Et lorsqu’on leur dit : “Craignez Dieu!”, leur arrogance pécheresse s’empare d’eux et ne connaît plus de limite […].» (2 : 204 à 206) Il nous explique dans un autre verset la démarche que nous devons suivre et adopter : «N’obéissez pas à l’ordre des outranciers, qui sèment le désordre sur la terre et n’améliorent rien.». (26 : 151 à 152) Dans la droite lignée de ces versets, le Prophète صلى الله عليه وسلم était un bâtisseur de société : il a construit et a développé la ville de Médine. En effet, l’islam prône le développement de l’être humain et de son environnement afin qu’il vive de manière digne. C’est pourquoi la volonté destructrice est totalement antinomique avec la philosophie de vie de l’islam. 

Bien au contraire, l’islam est une religion de bâtisseurs qui façonnent le monde dans le respect des lois divines, des lois qui sont voulues pour maintenir l’harmonie dans l’univers, non seulement entre les êtres humains eux-mêmes, mais aussi entre les êtres humains et le reste de la Création. Le Prophète صلى الله عليه وسلم a véritablement initié une dynamique de construction qui, comme nous le disions, est intimement liée à la spiritualité du musulman et à son désir de satisfaire son Seigneur. Il nous apprend : « Quiconque bâtit un immeuble ou sème une graine, sans commettre d’injustice ni de transgression, accumulera des bonnes actions tant qu’un être vivant créé par Dieu en profitera ou en récoltera les fruits.» Cette dynamique de construction sera perpétuée par les califes immédiatement après lui qui construisirent des routes, des ponts, des barrages et des cités. ‘Umar fonda les villes de Kûfa et de Basura, ‘Uthmân fit construire un barrage pour protéger Médine des inondations, les Abbassides fondèrent Bagdad. 

L’islam c’est : améliorer, développer et construire. Les compagnons garderont ce dessein à l’esprit, comme l’illustre le comportement du compagnon médinois Abû al-Dardâ’ : il plantait un arbre à Damas lorsqu’un homme le vit et lui fit part de sa surprise de voir un grand compagnon planter un arbre, pensant que cet acte indiquait l’attachement à la vie d’ici-bas et une trop grande espérance dans ce qu’elle peut apporter. Abû al-Dardâ’ lui répondit alors : «Ne te précipite donc pas, j’ai entendu le Messager de Dieu صلى الله عليه وسلم dire : “à celui qui plante un arbre, chaque fois qu’un humain ou une créature parmi les créatures de Dieu en mange, il sera écrit une aumône.”» C’est dans cette lignée que le musulman doit se placer, afin de développer lui aussi le monde autour de lui, à la fois sur le plan économique, social, culturel et politique, mais aussi bien sûr environnemental, afin d’être de «ceux qui, dans leurs dépenses, tiennent un juste milieu, de façon à n’être ni avares ni prodigues» (25 : 67), et de réaliser son rôle de khalîfa, c’est-à-dire de vicaire de Dieu sur Terre. 

En islam, toutes ces dimensions économiques, sociales et environnementales sont liées, et il n’y a finalement pas de rupture entre l’homme et son environnement : il en est une partie intégrante. L’être humain est fait d’argile «Nous avons certes créé l’homme d’un extrait d’argile» (23 : 12) – il est créé, comme tout ce qu’il voit, par le même Créateur – «Dieu est le Créateur de toute chose, et de toute chose Il est Garant.» (39 : 62) – et c’est à Lui que l’être humain appartient et reviendra de la même manière que Lui reviendra toute Sa création – «C’est à Dieu qu’appartient tout ce qui est dans les Cieux et sur la Terre et c’est à Lui que tout fera retour.» (3 : 109). Cette posture responsable vis-à-vis de notre environnement et du monde qui nous entoure à laquelle nous appelle le Coran ne peut qu’être confrontée avec le modèle consumériste de notre vie moderne – un modèle de développement qui financiarise et exploite la nature et l’être humain et les sacrifie sur l’autel du consumérisme déchaîné et libéré de toute considération morale réelle. 

Alors même que l’on sait que l’univers a été créé selon des règles fondées sur l’équilibre : «Nous avons étendu la terre, y avons implanté des montagnes et y avons fait pousser toute chose dans une proportion mesurée. Nous l’avons dotée d’éléments nutritifs pour vous, et pour tant d’autres créatures dont vous n’êtes pas les nourriciers. Et il n’est rien dont Nous ne détenions les trésors. Mais Nous ne les faisons descendre qu’en quantité déterminée. Nous envoyons des vents fécondants et Nous faisons descendre du ciel une eau avec laquelle Nous étanchons votre soif, et que vous n’aviez pas vous-mêmes emmagasinée.» (15 : 19 à 22) Dans ces versets, Dieu nous rappelle que cette nature qui nous entoure et dont nous faisons partie doit nous faire revenir à Lui, et que c’est par Lui que nous devons penser notre rapport à la nourriture, Lui, le Riche, qui nous donne accès à Ses trésors dans une «proportion mesurée», et vers Lequel on revient, impuissants, à la recherche de l’eau qui nous permet de vivre, une eau que nous ne sommes pas même en mesure de conserver. Un être humain à l’écoute de la parole divine ne peut que se rappeler qu’il est une composante de cette nature que Dieu a créée – «Nulle bête marchant sur terre, nul oiseau volant de ses ailes, qui ne soit comme vous en communauté […]» (6 : 38) – et qu’Il nourrit – «Il n’y a point de bête sur terre dont la subsistance n’incombe à Dieu qui connaît son gîte et son dépôt, car tout est consigné dans un Livre explicite!» (11 : 6) Comment l’être humain qui ne peut pas même comprendre de quelle manière la Création autour de lui glorifie Son Seigneur peut-il être si orgueilleux ? «Les sept Cieux, la Terre et tout ce qu’ils renferment célèbrent le Nom du Seigneur, et il n’est rien dans la Création qui ne proclame Sa gloire. Mais vous ne comprenez pas leur façon de L’exalter. En vérité, Dieu est Plein de compassion et de mansuétude.» (17 : 44) 

Or cette Terre sur laquelle nous marchons sera témoin de nos actes auprès de Dieu, ainsi que nous met en garde le Prophète صلى الله عليه وسلم : “Prenez garde à la terre car elle est votre mère. Nul ne fait une seule action sur son dos, qu’elle soit bonne ou mauvaise, sans qu’elle ne la rapporte [à Son Seigneur].” Quand nous développons effectivement ce lien avec le Divin et avec Sa Création, cela se répercute sur la relation individuelle que l’on a avec notre environnement, cette relation dont nous parlions dans le précédent article de ce dossier entre le Prophète صلى الله عليه وسلم et la nature. Nous en trouvons l’exemple le plus fort dans le rapport du Prophète صلى الله عليه وسلم au monde animal et végétal, et même aux objets autour de lui. Une relation basée sur l’amour et la miséricorde comme c’était le cas avec al-Qaswâ’, la chamelle qu’il acheta à Abû Bakr lors de l’Hégire et qu’il garda durant les dix années qui suivirent. Lorsqu’il mourut, moins de deux mois après son retour du pèlerinage de l’adieu, al-Qaswâ’ fut si attristée qu’elle cessa de s’alimenter. Même les soins et l’attention prodigués par les compagnons ne la firent pas changer d’attitude. Ne pouvant la contraindre, ils la laissèrent finalement s’en aller. Profondément affectée par la perte du Prophète صلى الله عليه وسلم ,al-Qaswâ’ se rendit alors au cimetière du Baqî‘ et s’y laissa mourir de chagrin. 

Le Prophète صلى الله عليه وسلم est une miséricorde pour les mondes selon l’expression coranique, il était donc une miséricorde tant au niveau social et environnemental, qu’au niveau personnel et individuel. On retrouve ici une caractéristique essentielle du Prophète صلى الله عليه وسلم et plus généralement du Message qu’il portait : sa cohérence. Nous tenons pour finir à rappeler au lecteur croyant un point essentiel. En tant que croyants, nous disposons entre nos mains d’un véritable trésor. Ce trésor, c’est le Coran – la parole divine – et la sunna – le modèle prophétique. Or comme le démontrent les précédents développements, le Prophète صلى الله عليه وسلم était dans une démarche de préservation et de protection de l’environnement, en un mot, une dynamique écologique. En tant que musulmans et dans le monde en crise que nous connaissons, nous avons, nous aussi, besoin de nous inscrire dans cette dynamique, et de construire le monde de demain en nous cramponnant fermement aux sources lumineuses de notre foi musulmane.