L’année de la tristesse

Si l’an 10 après la révélation a été appelé l’année de la tristesse, c’est bien parce que cette année fut l’une des plus difficiles que connut le Prophète Muhammad ﷺ. Celle-ci renferma en effet une telle accumulation d’épreuves et d’événements douloureux pour le Prophète ﷺ et les musulmans qu’elle porte par conséquent bien son appellation.

Quelques mois à peine s’étaient écoulés depuis la révocation du boycott lorsque le Prophète ﷺ fut surpris par l’ultime maladie de son oncle Abû Tâlib. Ce dernier décéda après avoir été un appui indéfectible, un protecteur et un parent affectueux pour le Prophète ﷺ.

Peu de temps après, la Mère des Croyants, Khadîja, décéda à son tour. Khadîja est la première mère des croyants au sujet de laquelle l’ange Gabriel annonça un jour au Prophète ﷺ : « Ô Messager de Dieu, Khadîja est sur le point de t’apporter un récipient contenant de la nourriture. Lorsqu’elle arrivera, transmets-lui le Salut de la part de Son Seigneur et de ma part et annonce-lui la bonne nouvelle d’une maison en bambou dans le paradis à l’abri du moindre bruit et de la moindre fatigue. »
Ainsi, après 25 ans de mariage, dont dix ans à soutenir le Prophète ﷺ afin qu’il porte et transmette le Message, la tendre épouse mourut. Elle qui, par la force de sa foi, par sa délicatesse, et par son immense amour, consolait le Prophète ﷺ lors des épreuves, dissipait sa douleur et sa tristesse, et le soutenait de sa personne et de sa fortune. La tristesse était double pour la perte de ces deux soutiens affectueux qui affectèrent énormément le Prophète ﷺ.
Après le décès de son oncle et de son épouse, la persécution que les Qurayshites infligeaient au Prophète ﷺ s’intensifia. Face à cela, le Prophète se rendit incognito à la ville de Tâ’if en espérant recueillir l’adhésion de la tribu de Thaqîf et leur soutien. Mais les chefs de Thaqîf poussèrent leurs vauriens à l’insulter et à le railler.

Le Prophète ﷺ retourna à la Mecque le cœur empli de tristesse après avoir demandé à Thaqîf de taire son passage chez eux afin que les Quraysh ne le persécutent davantage. Mais les Thaqîf les informèrent tout de même que Muhammad ﷺ était venu chercher refuge chez eux, et il ne put rentrer chez lui que grâce à la protection d’un polythéiste, al-Mut’im b. ‘Adî.
Le Prophète ﷺ commença alors à faire des propositions aux différentes tribus qui se rendaient au pèlerinage à la Mecque. Il les invitait à croire exclusivement en Dieu et les informait qu’il était un Prophète ﷺ investi d’une mission. Il leur parlait de l’islam, de ses préceptes qui encouragent la vertu et de ce qui attendait les hommes après la mort en matière de résurrection et de jugement, débouchant ultimement sur le paradis ou sur l’enfer. Son oncle `Abd Al-`Uzzâ b. `Abd Al-Muttalib — Abû Lahab — le suivait partout où il allait et incitait les gens à ne pas l’écouter accusant son neveu d’être un poète ou un sorcier, entre autres accusations, ce qui ne faisait qu’ajouter à la peine du Prophète ﷺ.
En effet, le Messager de Dieu ﷺ était peiné par les torts que lui infligeaient ses proches, du rejet de son Message, du dédain et de la dérision que lui réservaient ceux qu’il appelait pourtant au salut et à la réussite dans les deux Demeures. Lui qui pourtant ne réclamait d’eux aucun salaire pour lui-même, ni argent, ni prestige ou  pouvoir. À cela s’ajoutaient la profonde affliction due à la perte de l’amour et l’affection de sa défunte épouse ainsi que de son défunt oncle qui l’avait élevé, pris en charge, entouré de tous les soins et protégé.
C’est à ce moment-là, après avoir tout perdu et avoir été abandonné de tous, que Dieu va l’honorer, en lui accordant l’honneur de l’élever à Lui.

Un soir, alors qu’il dormait ﷺ seul sur la place de la Ka’ba, survint le miracle du Voyage Nocturne et de l’Ascension. « Gloire à Celui qui fit voyager de nuit Son Serviteur de la Mosquée sacrée à la Mosquée la plus éloignée dont Nous avons béni les alentours, afin de lui faire découvrir certains de Nos signes ! Dieu est, en vérité, l’Audient et le Clairvoyant.  » (17 : 1)
Par cet événement, Dieu voulut l’informer de son rang élevé auprès de Lui. Ainsi, si les gens sur terre le démentirent et ne l’honorèrent point comme il se doit, Dieu, ainsi que les “gens” du ciel, eux connaissaient sa juste valeur.
Le Prophète ﷺ informa les non musulmans de son Voyage nocturne. Ces derniers ne le crurent pas et se moquèrent de lui. Des gens de Qouraych allèrent voir Abôu Bakr et lui dirent : « Que peux-tu pour ton ami ? Il prétend être allé à Bayt al-Maqdis – Jérusalem – et être revenu à la Mecque au cours d’une même nuit ». Abû Bakr a alors répondu : « A-t-il dit cela ? » Ils lui dirent : « Oui ». Il leur répondit alors : « Je témoigne que s’il a dit cela, il est véridique ». Ils lui dirent : « Le crois-tu lorsqu’il dit être allé en Syrie en une même nuit et être revenu à La Mecque avant le matin ? » Il répondit : « Oui, je le crois pour ce qui surpasse cela ; je le crois à propos de la révélation ». Abû Salama a rapporté que c’est à la suite de cet événement, qu’Abû Bakr reçut le surnom du Véridique.
On peut observer que c’est dans le moment le plus sombre, le plus douloureux et le plus difficile, que Dieu accorda le plus grand honneur au Prophète ﷺ. C’est à l’occasion du Voyage nocturne que Dieu prescrit les cinq prières rituelles. Ainsi, d’une certaine manière, c’est dans ce moment d’abandon absolu pourrait-on penser, que Dieu accorda à Son messager le cadeau d’être Son invité, lors de ces prières qui rythmeront désormais ses journées et celles des musulmans. La prière devient donc comme un nouveau pilier émotionnel pour le Prophète ﷺ, ainsi que celui de tout musulman.
Retenons que malgré toutes les épreuves par lesquelles on peut passer et la solitude ou le désespoir dans lesquels on peut sombrer, il faut savoir que Dieu est toujours vivant et proche de celui qui l’implore et le prie, comme Il le révèle à travers ses versets Coraniques :

“Si Mes serviteurs t’interrogent à Mon sujet, qu’ils sachent que Je suis tout près d’eux, toujours disposé à exaucer les vœux de celui qui M’invoque. Qu’ils répondent donc à Mon appel et qu’ils aient foi en Moi, afin qu’ils soient guidés vers la Voie du salut.” (2 : 186)

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