La visite des Chrétiens de Najrân au regard de la Révélation

En l’an 9 de l’hégire, à la suite de la libération de La Mecque, le Prophète ﷺ reçoit les délégations diplomatiques des villes et régions environnantes. Il s’agit pour ces tribus de négocier des traités de paix avec les musulmans, d’intégrer l’État musulman tout en se plaçant sous sa protection, ou encore de déclarer leur conversion à l’islam. C’est dans ce cadre que s’inscrit la visite des chrétiens de Najrân.

Arrivés à Médine, l’évêque Abû Hâritha b. ‘Alqama, son vicaire et le reste de la délégation de soixante personnes demandent au Prophète ﷺ l’autorisation de célébrer leur prière. Celui-ci leur permettra de l’accomplir dans sa mosquée.

S’ensuivra une longue discussion théologique entre chrétiens et musulmans au sujet des concepts religieux, à laquelle prendront également part quelques juifs présents. Dieu révélera durant cette période plus de quatre-vingts versets pour apporter la réponse aux questions des Najrânites. Et ce, notamment dans la sourate 3, « La famille de ‘Imrân ».

La sourate commence ainsi : «  Alif – Lâm – Mîm. Dieu ! Il n’y a point de divinité que Lui, le Vivant, Soutien de l’Univers ! » (3 : 1 et 2) Ce verset, en citant l’attribut Vivant de Dieu et en rappelant qu’il est le Soutien de tout ce qui existe, répond aux chrétiens qui considèrent que Jésus est mort sur la croix tout en le prenant pour divinité. Par de nombreux versets, Dieu rappelle que le Coran est la confirmation de la Thora et de l’Évangile. Leur message commun, révélé aux musulmans ainsi qu’aux peuples les ayant précédés, repose sur un fondement essentiel : la croyance en un Dieu unique : « Il t’a révélé le Livre avec la vérité, confirmant les Livres descendus avant lui. Et il fit descendre la Thora et l’Évangile […] C’est Lui qui  vous donne forme dans les utérus selon Sa volonté, et il n’y a d’autre divinité que Lui, le Puissant, le Sage. » (3 : 3-6) Face à leur refus d’embrasser l’islam, le Coran réfute leur croyance selon laquelle Jésus serait le fils de Dieu, qu’ils fondent sur le fait que Marie l’a engendré alors qu’elle était vierge. En effet, après avoir relaté la déclaration des anges à Marie lui apprenant qu’elle est enceinte, Dieu explique : « (…) “C’est ainsi !” dit-Il. Dieu crée ce qu’Il veut. Quand Il décide d’une chose, Il lui dit seulement “Sois” et elle est aussitôt » (3:47). Puis Il illustre cette explication, en assimilant la création de Jésus à celle d’Adam (3:59). En effet, la création d’Adam est encore plus miraculeuse car ce dernier n’avait ni père ni mère.

Bien que les arguments répondant aux objections des chrétiens étaient nombreux, ces derniers resteront campés sur leurs positions. C’est alors que le verset dit de la moubahala – l’ordalie d’exécration – est révélé. La discussion étant dans une impasse, Dieu invite les chrétiens et le Prophète ﷺ à rassembler chacun leurs familles, afin d’invoquer la malédiction de Dieu sur ceux qui seraient les menteurs et ainsi s’en remettre à Lui pour mettre un terme à la polémique. « À ceux qui te contredisent à son propos [Jésus],  maintenant que tu en es bien informé, tu n’as qu’à dire : “Venez, appelons nos enfants et les vôtres, nos femmes et les vôtres, nos propres personnes et les vôtres, puis proférons exécration réciproque en appelant la malédiction de Dieu sur les menteurs.” » (3 : 61)

Les Najrânites se retireront pour réflexion, et après concertation, choisiront de ne pas prendre le risque de se voir maudits. Ils garderont leur foi mais intégreront l’Etat musulman et bénéficieront de sa protection, en contrepartie de l’acquittement d’une taxe. Un accord sera donc rédigé entre le Prophète ﷺ et les Najrânites, fixant le montant de l’impôt à 1000 habits, l’équivalent d’une once d’or. En échange, l’Etat musulman leur garantissait la protection ainsi que la liberté de culte. En vertu de l’accord, les chrétiens de Najrân acceptaient de renoncer à l’usure, et toute infraction à cette interdiction entraînerait l’exclusion et l’expulsion des coupables.

Les Najrânites retournèrent auprès de leur peuple avec ce traité et vécurent sans être inquiétés dans leurs coutumes et croyances religieuses. Ce n’est que sous le califat de ‘Umar b. al-Khattab que certains d’entre eux seront déplacés vers d’autres régions de la péninsule arabique, pour avoir enfreint la clause d’interdiction de l’usure.

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