Le traité d’al-Hudaybiyya

La trêve qui émana du traité d’al-Hudaybiyya, en l’an 6 de l’Hégire, marqua une nouvelle ère dans la vie des musulmans mais également dans l’action islamique. Revenons sur ce qui fut  une « Victoire éclatante » (S. 48 / V.1) pour le Prophète Muhammad et ses compagnons.

Cela faisait six ans que les musulmans n’avaient pu se rendre à La Mecque lorsque le Prophète vit en songe que ses compagnons et lui-même entraient dans la Ville Sainte et accomplissaient les rites de la `Umra (ou petit pèlerinage), la tête rasée, et se vit de surcroît remettre les clés de la Ka`ba. Heureux, il informa ses compagnons de la bonne nouvelle, mais également du voyage immédiat qui se préparait, car le Prophète eut pour dessein de se rendre à La Mecque et d’accomplir cette `Umra.

Ce fut alors en ce premier lundi du mois sacré de Dhû Al-Qa’da, que le Prophète , à la tête de mille quatre cents musulmans, dont son épouse Oum Salama, monta sur sa chamelle Al-Qaswâ’ et prit la route pour La Mecque. Les musulmans n’étaient pas armés, à l’exception de leurs épées légères de voyage, qu’ils gardaient dans leurs fourreaux comme simple précaution nécessaire, exclusivement en cas de légitime défense. En effet, ils n’avaient nullement l’intention de combattre en ce mois sacré.

Arrivé à Dhû al-Hulayfa, le Prophète ordonna à ses compagnons d’effectuer la sacralisation, et de revêtir Al-Ihrâm (ou l’habit du pèlerin). Il envoya également un éclaireur s’enquérir de la situation chez les Quraysh et apprit que ces derniers avaient préparé, sous la direction de Khalid Ibn Al-Walid et ‘Ikrima ibn Abi Jahl, une armée en vue de réprimer fermement les musulmans. Le Prophète interrogea ses compagnons pour délibérer et prendre la bonne décision, entre continuer leur chemin vers La Mecque ou faire face à l’agression de Quraysh. Abu Bakr répondit : « Dieu et Son serviteur savent mieux que quiconque ! Nous sommes venus avec l’intention d’acquitter la `Umra et non pour combattre, mais si quelqu’un s’interpose entre nous et la Maison de Dieu, nous le combattrons ». Le Prophète apprécia cette réponse et c’est ainsi que les musulmans poursuivirent leur voyage. Cet événement met en lumière les intentions purement pacifistes des musulmans, et non belliqueuses à l’instar des Qurayshites.

Pour éviter l’armée ennemie, le Prophète voulut prendre un chemin différent, et demanda à un homme de la tribu d’Aslam de les conduire à La Mecque en évitant tout affrontement. Aussi arrivèrent-ils sur la plaine d’Al-Hudaybiyya, au Sud de La Mecque, à seulement une journée de marche de la Ville Sainte, quand la chamelle du Messager de Dieu s’assit brusquement, et refusa de se relever. Certains ont alors suggéré qu’elle était rétive et rebelle, et le Prophète leur répondit qu’un tel comportement n’était pas dans sa nature, puis il dit :  « Elle est retenue pour la même raison qui a retenu l’éléphant ». Il faisait ainsi allusion à l’événement des gens de l’Éléphant survenu l’année même de sa naissance. Ils s’installèrent donc sur la plaine d’Al-Hudaybiyya, ouvert à toutes propositions de paix qui garantiraient une bonne relation avec les Mecquois.

Il faut noter que les Qurayshites étaient conscients que s’ils empêchaient les musulmans d’entrer à La Mecque et d’accomplir le pèlerinage, les autres Arabes remettraient en cause leurs agissements, car le prestige des Qurayshites reposait sur le fait qu’ils étaient les gardiens de la Ka’ba, et que toute personne était libre d’y pratiquer le culte. Ils envoyèrent alors leur premier émissaire, Budayl Ibn Warqâ’, qui avait toujours été favorable à l’islam, de même que sa tribu, les Khuzâ’a. L’émissaire interrogea donc le Prophète qui lui fit part de sa venue pacifiste et Budayl l’informa sur la position belliqueuse de son peuple. Le prophète parla de convenir à un accord commun. Plusieurs émissaires furent ainsi envoyés, et ils retournèrent tous favorables à l’entrée des musulmans à La Mecque et frappés par l’amour inébranlable que les musulmans avaient pour le Prophète . Toutefois, les Qurayshites restaient réticents.

Les négociations semblaient interminables, Muhammad décida donc d’envoyer un premier émissaire, qui fut emprisonné puis libéré suite à l’intervention de certains notables, alors il demanda à `Umar Ibn Al-Khattab de se rendre à La Mecque. Ce dernier suggéra d’envoyer ‘Uthmân ibn ‘Affân car son clan était plus puissant que celui de `Umar. L’absence de ‘Uthmân se prolongea, et une rumeur naquit selon laquelle il avait été tué, et le Prophète , attristé par cette nouvelle, ne pouvait faire autrement que choisir de combattre les Qurayshites. Il appela ses compagnons, debout sous un arbre, afin qu’ils lui prêtent serment de ne pas fuir au cas où ils seraient à leur tour attaqués. Ce serment est d’ailleurs relaté dans la sourate Al-Fath, au verset dix-huit. Néanmoins, il s’avéra que sa mort n’était qu’une rumeur infondée.

Enfin, les Qurayshites déléguèrent Suhayl Ibn ‘Amr pour établir un pacte de paix avec les musulmans. Après une longue discussion entre le Prophète et Suhayl, un traité fut rédigé et mentionna les clauses suivantes :

– Les musulmans retourneront chez eux cette année et reviendront l’année prochaine pour accomplir la `Umra, pendant trois jours. Et les Qurayshites s’engagent à ne rien tenter contre eux.

– La guerre sera suspendue pendant dix années.

– Si l’un des Quarayshites rejoint Muhammad sans la permission de son tuteur, il sera renvoyé. Mais si l’un des musulmans rejoint les Qurayshites, il ne sera pas renvoyé.

– Quiconque souhaitera s’allier à Muhammad pourra le faire, et de même pour les Qurayshites.

Le Prophète fut conciliant, et même Suhayl était surpris de le voir accepter toutes ces conditions. Cette attitude suscita de l’incompréhension chez les compagnons, et lorsque le Prophète leur dit de sacrifier les bêtes et de se raser la tête, personne ne se leva. Il alla retrouver son épouse, Umm Salama, et lui demanda conseil. Il suivit sa suggestion qui était de commencer à sacrifier l’animal puis de se raser lui-même afin que tout le monde le suivent, et les compagnons agirent tel que Umm Salama l’avait dit précédemment au Prophète . De plus, face à l’affliction qu’éprouvèrent les compagnons devant ce traité qu’ils jugèrent injuste et l’amertume de n’avoir pu effectuer la `Umra après tout ces préparatifs, Dieu révéla la sourate Al-Fath ou  « La Victoire », qui apaisa un grand nombre des musulmans. En vérité, cet accord était un succès, et le Prophète le comprit dès le début. Il dit, en mentionnant cette sourate qu’elle « était plus chère que tout ce que le soleil éclaire mis ensemble ».

Beaucoup d’enseignements sont à tirer à la lumière de cet événement. En effet, ce traité eut un impact sociopolitique considérable pour les musulmans, qui furent reconnus officiellement par les Quraysh, eurent une période de paix, de calme, où leur principal opposant était inoffensif, virent leur nombre s’accroître ostensiblement et de surcroît, la liberté religieuse était enfin de vigueur. Le Prophète excella dans sa sagesse, son sens de la diplomatie, sa patience, et sa capacité à visualiser sur le long terme. Il consulta et écouta les conseils de son épouse Umm Salama, et ceci expose son exemplarité, et certes Muhammad est le meilleur des hommes.

%s

X