Le Prophète Muhammad ﷺ et la nature

Alors que les questions environnementales occupent une place de plus en plus importante dans nos vies, nous avons voulu en savoir plus sur le lien qu’entretenait le Prophète Muhammad ﷺ avec la nature

Le Messager de Dieu ﷺest pour tout(e) musulman(e) l’exemple de la perfection humaine dans tous les domaines de la vie. C’est pourquoi il est « un excellent modèle pour ceux qui aspirent à Dieu, au Jour Dernier, et (se) rappellent de Dieu sans cesse» (33 : 21). Alors que les questions environnementales occupent une place de plus en plus importante dans nos vies, nous avons voulu en savoir plus sur le lien qu’entretenait le Prophète Muhammad ﷺ avec la nature. Pour y répondre, nous avons puisé dans plusieurs sources : le Coran, la sunna et la sîra. Parmi toutes les qualités du Prophète ﷺ et celles que Dieu décrit dans le Coran, c’est sa miséricorde qui permet, selon nous, d’apprécier son lien avec la nature. Était-il une miséricorde seulement pour les musulmans? Pour tous les croyants ? Ou bien pour l’ensemble des êtres humains ? En réalité, nous pouvons avec confiance affirmer qu’il était tout cela et davantage encore en s’appuyant sur ce verset : « Ô Muhammad ! Nous ne t’avons envoyé que comme miséricorde pour les mondes/l’univers.» (21 : 107) À travers notre réflexion, nous aurons l’occasion de constater à quel point le lien qu’entretenait l’Envoyé de Dieu ﷺ avec le monde animal, végétal et minéral, était empreint de miséricorde, de respect, de bonté, d’affection et même d’amour.

LE PROPHÈTE ﷺET LE MONDE ANIMAL Certaines catégories de personnes, à l’instar du Prophète Salomon ﷺ, ont reçu de la part de Dieu le don de comprendre les animaux. C’était également le cas du Prophète Muhammad ﷺ, qui utilisait cette aptitude pour (r)établir le bien et la justice à leur égard, montrant par-là que leur bien-être et respect font pleinement partie de l’islam. C’est ainsi qu’en passant devant un chameau très amaigri (littéralement « dont le ventre était collé au dos»), il exprima sa désapprobation envers cette attitude de négligence envers l’animal, une attitude qui vient troubler l’harmonie voulue par Dieu sur Terre : « Craignez Dieu dans le traitement de ces bêtes qui ne peuvent s’exprimer ! Montez-les avec bienveillance et mangez-les avec vertu !» (Hadith rapporté par Abû Dâwûd) Dans un autre hadith, nous apprenons qu’en voyant le Prophète ﷺ, un chameau se mit à blatérer et des larmes coulèrent de ses yeux. Il s’approcha alors de lui et caressa sa bosse et cela apaisa le chameau. Le Prophète ﷺ ne manqua pas par la suite, de réprimander le propriétaire du chameau (un jeune Médinois) pour qu’il cesse cette maltraitance, en lui disant que l’animal s’était plaint à lui d’être affamé et épuisé [Hadith cité par l’imam Nawawî dans son ouvrage Le Jardin des vertueux(n° 967)]. Cette attitude bienveillante et respectueuse ne se limite pas aux animaux domestiques. Au cours d’un voyage avec le Prophète ﷺ, un groupe de compagnons s’amusa à enlever deux oisillons de leur nid. Voyant leur mère s’agiter, le Prophète ﷺ blâma ses compagnons et leur demanda de rendre les oisillons à leur mère. Ensuite, il aperçut qu’ils avaient également brûlé une fourmilière et de nouveau, il leur reprocha leur acte (Hadith rapporté par Abû Dâwûd, n° 2675). À travers ces quelques exemples qui mériteraient d’être médités et développés davantage, c’est en réalité toute une éthique envers les animaux qui se dessine. Le Prophète ﷺ rétablit et assure tranquillité, bien-être et dignité aux animaux de son vivant (en corrigeant l’attitude des compagnons) et jusqu’à la fin des temps (puisqu’il est un modèle à suivre). Plein de bonté, il lui arrivait même de faire des invocations pour des animaux, comme pour le chameau de Jâbir (voir al-Bukhârî, hadith n° 2718). À l’instar de ses concitoyens, l’Envoyé de Dieu ﷺ possédait lui aussi des animaux : il aurait notamment possédé une dizaine de chevaux, trois mules et un âne, vingt chamelles laitières, cent moutons, une brebis ou encore un coq blanc. Ibn Sayyid al-Nâs (m. 734 H) consacre un chapitre entier à ce thème dans son ouvrage Lumière des yeux, ou le Guide précieux. Nous y apprenons ainsi qu’il donnait un nom à chacun de ses animaux qui, loin d’être choisi au hasard, correspondait réellement aux caractéristiques de ces derniers. Dans son commentaire de l’ouvrage, le Dr. Zakaria Seddiki fait remarquer que ce choix réfléchi [des noms] montrait que le Prophète ﷺ connaissait parfaitement les qualités de ses animaux. Ainsi, l’un de ses chevaux s’appelait al-Murtajiz, « celui dont le hennissement était semblable au tonnerre »,car son hennissement était tellement puissant et mélodieux qu’il donnait l’impression de chanter quand il hennissait. Sabha – ce cheval qui avait provoqué la joie du Prophète ﷺ lorsqu’il remporta une course avec lui – avait été nommé ainsi car il galopait en tendant bien ses pattes. Le mot "sabha" vient en effet de la racine « s - b - h» qui signifie notamment « nager », d’où le nom de ce cheval. Peut-être, pensons-nous, qu’il pourrait aussi y avoir une allusion au fait que cet animal glorifiait Dieu, cette même racine renvoyant à l’idée de la glorification Divine (al-tasbîh) : « Ne vois-tu pas que ceux qui habitent les cieux et la terre louent Dieu, ainsi que les oiseaux en rangs ? Chacun connaît Sa prière et Sa louange. Dieu sait parfaitement ce qu’ils accomplissent.» (24 : 41) Enfin, citons la belle relation qu’il avait avec al-Bahr(« L’océan »), cheval qu’il caressa en lui offrant ces douces paroles : « Tu es vraiment un océan.» S’agissant de ses mules, il est rapporté que lorsque al-Duldul (première mule qu’il a montée après la prophétie) avait atteint un âge avancé, elle éprouvait des difficultés à manger seule car elle avait perdu ses dents. Alors, l’Envoyé de Dieu ﷺlui moulait de l’orge lui-même et la nourrissait de ses mains «par miséricorde et fidélité ». Par ailleurs cette relation de bienveillance était également partagée par les animaux qui manifestaient une affection particulière envers le Prophète ﷺ. En effet, comme le mentionne le Dr Zakaria Seddiki, l’âne du Prophète ﷺ nommé Ya‘fûr, décéda de tristesse durant le Pèlerinage d’adieu, qui annonçait alors l’approche du décès du Prophète ﷺ. LE PROPHÈTE ﷺ ET LE MONDE VÉGÉTAL Cette relation bienveillante ne touchait pas uniquement les animaux puisque l’Envoyé de Dieu ﷺ avait aussi une relation particulière avec les arbres. Pour attirer l’attention des croyants sur ces derniers, il utilisait les arbres pour illustrer ses enseignements. Ainsi, Ibn ‘Umar rapporte que le Prophète ﷺ a comparé les croyants à des palmiers : « Parmi les arbres, il en est un dont les feuilles ne tombent pas et qui est semblable au musulman […] c’est le palmier (al-nakhlah) [hadith rapporté par Muslim (n° 2811)].» Nous avons vu que le Prophète ﷺ avait fait des invocations pour le chameau de Jâbir. Il fera la même chose pour les dattiers de ce jeune compagnon, afin que Dieu bénisse ses arbres («wa daʻâ fî tamarihâ bi al-barakah») et qu’il puisse en récolter les fruits bénis pour les revendre et honorer ses dettes [hadith rapporté par al-Bukhârî (n° 2395)]. C’est toutefois un autre hadith, assez extraordinaire, qui témoigne de la profondeur et de la beauté de la relation du Messager de Dieu ﷺ avec les végétaux. En effet, le Prophète Muhammad ﷺ avait l’habitude de prononcer ses prêches sur le tronc d’un palmier. Une compagnonne propose de lui fabriquer un minbar en bois afin de ne plus utiliser le tronc de palmier sur lequel il avait l’habitude de s’appuyer pour ses sermons. Lorsque le Prophète ﷺ commença son discours sur son nouveau minbar, les personnes présentes entendirent des gémissements qui provenaient du tronc de palmier. Ce tronc de palmier gémissait de tristesse jusqu’à ce que le Prophète ﷺ– qui interrompit son prêche et descendit de son minbar – aille le rejoindre pour le réconforter en le caressant [hadith rapporté par al-Bukhârî (n° 3583)]. Est-ce le fait qu’un tronc de palmier ait des sentiments et pleure qui doit le plus nous étonner, ou bien la compassion éprouvée par l’Envoyé de Dieu ﷺ envers lui ? Gloire à Dieu dont les signes ne laissent pas indifférents celles et ceux qui aspirent à Lui. LE PROPHÈTE ﷺ ET LE MONDE MINÉRAL ET « INANIMÉ » Pour finir, développons le dernier aspect de notre réflexion qui concerne la relation qu’avait le Prophète ﷺ avec le monde minéral. Nous pouvons penser, au premier abord, que les minéraux, éléments inanimés et dépourvus de vie, ne mériteraient peut-être pas autant d’attention et d’affection que les animaux et les végétaux. Pourtant, le Messager de Dieu ﷺ leur offre la même miséricorde et attention qu’aux autres créatures de Dieu. Par exemple, en voyant le mont Uhud, notre Prophète ﷺdit ainsi : « Cette montagne nous aime et nous l’aimons [hadith rapporté par al-Bukhârî (n° 3367)].» Ce hadith est doublement merveilleux : d’un côté il montre qu’il déborde d’amour pour la Création de Dieu. Et, de l’autre, nous apprenons qu’une montagne a la capacité d’aimer ! Par ailleurs, s’il nommait ses animaux, il donnait aussi un nom à ses objets. C’est le cas de ses épées : Dhû al-Fiqâr, qu' il l’offrira à son cousin ‘Alî ; Ma’tûr, qu’il avait hérité de son père et avec laquelle il arriva à Médine ; ou encore al-Qadîb, première épée qu’il porta après la prophétie. Ses lances, son sceptre, ses cuirasses ou encore son casque et son turban avaient eux aussi des noms. Pourquoi le Messager de Dieu ﷺ donnait-il des noms à ses objets ? Les commentaires du Dr Zakaria Seddiki nous éclairent sur cette question : « L’histoire littéraire des Arabes montre en effet que ceux-ci pouvaient donner de multiples noms aux choses présentes dans leur vie quotidienne[…]. Par ailleurs, le fait que les armes du Prophète ﷺ portaient un nom prouve qu’il leur donnait une considération un peu similaire aux êtres vivants. Aussi surprenant que cela puisse paraître, en nommant ces choses inanimées, le Prophète ﷺ laissait entendre qu’il percevait bien plus qu’un simple objet. Un lien, pourrait-on dire, affectif se tissait naturellement avec l’être vivant qu’il côtoyait, mais de surcroît la matière qu’il possédait était respectée.» (citation provenant de : Ibn Sayyid al-Nâs, Lumière des yeux, ou le Guide précieux (Précis de la biographie du Prophète ﷺ), Ennour/La Maison des savoirs, p.189.) Ici, nous sommes loin d’une attitude purement matérialiste où le fait de posséder les objets devient une finalité en soi. Au contraire, le Prophète ﷺ les honore et en prend soin, nous enseignant ainsi le respect de toute chose ; et si quelqu’un témoigne une certaine forme de respect envers des objets inanimés, ce respect sera, inéluctablement, bien plus remarquable lorsqu’il s’agira des êtres vivants !

CONCLUSION Ce rapide exposé sur les formes de lien qu’entretenait le Prophète ﷺ avec la nature – mais aussi tout être, qu’il soit animé ou inanimé – nous aide à apprécier combien l’amour, le respect et la miséricorde sont les fondements du rapport du musulman à la Vie. L’intérêt de ce travail n’est pas uniquement historique et spirituel. Il vise aussi à nous inciter à mesurer ô combien la nature est importante, merveilleuse et sacrée. Cela, en vue d’agir en conséquence car « le Messager de Dieu est un beau modèle pour quiconque aspire à Dieu, au Jour Dernier et (se) rappelle (de) Dieu fréquemment. » (33 : 21) Marchons-nous bien sur la voie tracée par notre Prophète bien-aimé ﷺ ? Quel rapport avons-nous avec le monde qui nous entoure ? Ces questions méritent toute notre attention au vu de l’importance que le Prophète ﷺ leur donne dans sa vie et ses enseignements. Les quelques exemples que nous avons cités – il y en a de nombreux autres qui n’attendent que d’être (re)découverts ! – illustrent à quel point l’Envoyé de Dieu ﷺ est une miséricorde pour l’univers tout entier. De plus, à la lecture de ces récits (le chameau qui se plaint, le palmier qui gémit, la montagne qui aime…), nous nous émerveillons de la beauté de la Création et de la grandeur du Créateur ! En effet, pour celui qui est en quête de Dieu, tout est signe. À ce sujet, on rapporte qu’un compagnon affirma que quand le Prophète ﷺ les avait quittés, ils avaient tellement développé leurs perceptions intérieures que même le mouvement d’un oiseau dans le ciel était pour eux un enseignement ! Pour finir, à travers l’exemple prophétique, nous pouvons proposer trois pistes de réflexion pour rétablir notre lien à la nature. Tout d’abord, nous savons en effet que, conformément à la tradition arabe de l’époque, peu après sa naissance, le petit Muhammad ﷺfut envoyé chez une nourrice (Halîma) d’une tribu du désert (les Banû Sa‘d). Nous savons également qu’il fit quelques voyages avec son oncle Abû Tâlib ou encore pour le compte de Khadîja quand il travaillait pour elle. Il a aussi, toujours durant sa jeunesse, été berger vers l’âge de 13 ans. Ce contact avec la nature et les animaux dès les premières années de sa vie et tout au long de sa jeunesse a probablement participé à forger cette profonde relation qu’il continua d’entretenir à l’âge adulte. Tout éducateur (parent, enseignant…) devrait ainsi offrir aux enfants un contact bienveillant et régulier avec la nature, a fortiori dans nos sociétés urbaines et ultra-connectées où le virtuel prend de plus en plus de place dans nos vies. Ensuite, il paraît urgent de revoir notre relation avec Dieu et Son Envoyé ﷺ : sortir d’une religiosité d’apparence pour aller vers l’essence même de l’islam qui s’adresse à la fois à nos corps, nos intelligences et nos cœurs. Notre mauvaise relation avec la nature – autrement dit, la Création – n’est en réalité, que le triste reflet de notre mauvaise relation avec le Créateur et finalement également avec Son Messager ﷺ. Cela nous amène au dernier point : revenir à Dieu et à Son Messager ﷺ, c’est revenir à Son Message : le Coran et la sunna. Le Prophète ﷺ, en tant que porteur de ce Message Divin, était profondément marqué par celui-ci. Nous pouvons donc aisément deviner l’incidence qu’avaient sur lui des versets comme : « Les sept cieux, la terre et ce qu’ils contiennent louent Dieu. Il n’existe rien qui ne célèbre Sa louange, mais vous ne comprenez pas leur louange[…]. » (17 : 44) Mais quel effet ont-ils sur nous ? Sur notre perception du monde, sur nos gestes quotidiens et sur nos émotions ? En tant que porteur du message de l’islam, tout croyant devrait ainsi s’évertuer à faire revivre ces préceptes. Au-delà de l’émerveillement qu’ils peuvent susciter de par leur beauté et profondeur, leur mise en pratique s’avère essentielle et vitale, aujourd’hui plus qu’hier, au regard des urgences environnementales actuelles et à venir.