La bataille de Badr

Il y a 1438 années lunaires, la bataille de Badr :

Nous commémorons la bataille de Badr, qui a eu lieu le 17e jour du mois de ramadan en l’an 2 de l’Hégire. Dieu dit au sujet de cet événement dans le Coran : « Le jour où le vrai s’est distingué du faux, le jour où les deux armées se sont rencontrées. La puissance de Dieu n’a point de limite». (8 : 41)

Cinq jours avant que n’ait lieu la bataille, le 12 ramadan, le Prophète apprit qu’une caravane dirigée par Abû Sufyân et contenant les biens des musulmans mecquois émigrés se dirigeait vers la Syrie. Le Prophète quitta alors Médine accompagné de 314 compagnons dans le but d’intercepter cette caravane. Notons ici qu’il demanda à ‘Uthmân b. ‘Affân de rester auprès de sa femme Ruqayya qui était souffrante. Ce qui montre l’importance accordée par le Prophète à la famille qui constitue une priorité pour le croyant. L’expédition n’avait pas plus de valeur que le simple fait que ‘Uthmân reste au chevet de sa femme malade.

Sans que les musulmans ne le sachent, Abû Sufyân, qui apprit que le Prophète  souhaitait intercepter la caravane,  écrivit aux notables de La Mecque une lettre leur demandant de venir avec une armée protéger cette caravane jusqu’à son arrivée à La Mecque. Cependant, les notables mecquois, en particulier Abû Jahl, voyaient en cette bataille l’occasion d’en finir avec le Prophète , ce dernier n’étant plus protégé par sa présence au sein de la ville de Médine. C’est pour cette raison qu’ils réunirent une armée composée de 950 combattants. Les musulmans n’étaient pas au courant de cette information, raison pour laquelle ils quittèrent Médine peu nombreux et faiblement armés, non préparés à une confrontation avec une véritable armée.

Sur le chemin, les musulmans apprirent l’existence de l’armée mecquoise, et se rendirent compte que la caravane était à présent hors de portée. Le Prophète convoqua alors les musulmans dans le but de connaître leur avis quant au  fait de continuer la marche ou rentrer chez eux. Abû Bakr s’empressa de répondre qu’il souhaitèrent continuer, ainsi que ‘Umar. Tous deux souhaitaient suivre le Messager de Dieu et combattre à ses côtés. Néanmoins, tous deux étaient des Émigrés, or le Prophète souhaita connaître l’avis des Ansârs. Ces derniers avaient en effet juré de le protéger au sein de la ville de Médine, mais leur serment n’allait pas au-delà. Ce n’est qu’après que les Ansârs eurent affirmé leur volonté de continuer que l’armée musulmane reprit son chemin en direction de l’armée ennemie. Cet épisode est important car il attesta l’importance que le Prophète accordait à l’avis de chacun.

Arrivés vers la colline d’al-Hanân, à proximité de la vallée de Badr, les musulmans s’installèrent pour la nuit. A ce moment-là, le Prophète invoqua avec force son Seigneur pour qu’il leur accorde la victoire, en disant « Ô mon Dieu ! Si ce groupe est vaincu aujourd’hui, alors Tu ne seras plus adoré sur Terre. » Les Quraychites campèrent  au niveau de la colline d’al-‘Aqanqal. Le lendemain, le jour du Discernement, les musulmans se placèrent sur un champ de bataille que le Prophète avait choisi. C’est alors qu’un compagnon nommé Hubâb b. al-Mundhir demanda au Messager de Dieu si le choix du lieu émanait d’une prescription divine ou ne relevait que d’une stratégie militaire. Le Prophète lui répondit que c’était un choix stratégique et non divin. Hubâb lui suggéra alors une meilleure approche, et proposa de s’installer auprès du puits le plus proche de l’armée ennemie, ce que l’armée musulmane fit effectivement. On voit encore une fois que le Messager de Dieu était toujours à l’écoute de ses compagnons. S’il était bien le chef de cette armée, il ne négligeait jamais l’avis de ceux qui l’entouraient, et n’avait pas honte de reconnaître qu’un autre avis que le sien pouvait être plus pertinent. Par ailleurs, le fait que Hubâb posa cette question montra que les compagnons savaient faire la distinction entre les révélations qui émanaient  du divin, et l’opinion de celui qui n’était qu’un homme parmi les Hommes. Une opinion qui pouvait être donc débattue et améliorée.

Largement supérieurs en nombre, les Mecquois étaient trop sûrs d’eux. Ils se rendirent au lieu de la bataille avec l’intention d’en finir avec les musulmans. Non loin de là, sur une colline proche de Badr se trouvait un homme appelé Qubath qui rapporta, après être entré en islam, que la bataille fut très brève. Elle commença par trois duels, comme le voulait la tradition des tribus de la péninsule arabique. Ces duels opposèrent respectivement ‘Alî, ‘Ubayda et Hamza à al-Walîd, ‘Utba et Shayba. Les trois compagnons en sortirent vainqueurs, ce qui démoralisa les Mecquois. Ces derniers décidèrent  alors de lancer l’assaut. Le Prophète ﷺ combattit ce jour-là comme en atteste un hadith de ‘Alî rapporté par al-Bukhâri et Muslim. Suite à cette journée, Dieu révèlera à Son Messager  : « Je vais vous aider d’un millier d’anges déferlant les uns à la suite des autres. » (8 : 9)

Les Mecquois, vaincus, finirent  par fuir le champ de bataille. Dieu révélera à ce sujet : « Dieu ne vous a-t-il pas accordé la victoire à Badr, malgré votre nombre insignifiant ? Craignez donc Dieu, afin de Lui témoigner votre reconnaissance. » (3 : 123) Ainsi, on voit que le Coran invite le croyant à se tourner vers Dieu pour obtenir Son aide, qui viendra le récompenser s’il accomplit son devoir au mieux. Les croyants doivent ainsi être patients et persévérants face aux épreuves, tout en invoquant Dieu avec espérance et en vivant à la lumière de leur foi.

Durant la bataille quatorze musulmans et soixante-dix Mecquois sont morts, parmi ces derniers se trouvèrent de grands notables comme Abû Jahl et Umayya b. Khalaf. Le Prophète prit soin de bien traiter les corps avant de les enterrer. Agissant ainsi, il réforma ici une tradition arabe qui consistait en la mutilation des corps ennemis tombés dans  la bataille.

Parmi les Mecquois ayant fui le champ de bataille, désorganisés et vaincus, soixante-dix  d’entre eux furent faits prisonniers. Ceux-ci furent bien traités, et même logés chez les compagnons qui garantissaient leur subsistance en les nourrissant de ce dont ils nourrissaient leur propre famille. Le Prophète fit preuve d’une grande clémence envers eux, et tous furent ensuite libérés etcertains sans condition. D’autres devaient enseigner à dix enfants la lecture et l’écriture, et d’autres durent payer une rançon. On voit bien que le Prophète même dans sa manière de traiter les prisonniers, privilégia l’éducation. Les prisonniers ne furent ni  persécutés, ni maltraités. Le Prophète ﷺ a même pris soin de faire en sorte que les prisonniers n’aient pas à voir la joie des Médinois lors du retour de l’armée victorieuse, pour leur éviter d’être blessés dans leur honneur et leur dignité. Toutes ces précautions, le Prophète les a prises car il savait que le bon comportement était la clé qui pouvait libérer les coeurs et effacer les rancunes. Rappelons que le Prophète, en tant que Messager (rasûl) fut avant tout le porteur d’un message, et ne souhaita jamais la guerre mais plutôt créer un cadre de paix, objectif qu’il atteindra plus tard à Hudaybiya.

Cette bataille eut un immense retentissement à travers toute la péninsule arabique, et marqua un tournant dans l’Histoire de l’Islam. Le fait que les musulmans en infériorité numérique, aient pu vaincre la tribu de Quraych donna à l’événement un écho formidable.

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Masha’Allah ça fait du bien de lire ce petit résumé de cette bataille si importante.

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